TRIBUNE LIBRE : Lutte contre le coronavirus COVID-19 au Gabon : lettre au premier Ministre gabonais

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Georges MPAGA
Président du ROLBG
Défenseur des droits de l’Homme et activiste anti-corruption.
Fait à Libreville, le 15 avril 2020

lettre ouverte à Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement

Monsieur le Premier Ministre,

C’est conformément à notre mandat en tant qu’organisation de la société civile que nous nous voyons dans l’obligation d’attirer votre attention sur des graves manquements que nous constatons dans la gouvernance du Comité de Pilotage de la riposte nationale contre la COVID-19, gouvernance notamment marquée par une relative opacité dans la gestion des moyens alloués à la lutte, et une absence de prise en compte du volet communautaire. Le fait d’avoir exclu la Société civile et les organisations à Base Communautaire de ce Comité n’est sans doute pas étranger à cette situation. Le fait que le Comité de Pilotage de la riposte soit constitué uniquement de représentants de l’État favorise l’opacité et toutes les dérives habituelles de gestion des finances publiques que nous connaissons. Sans la société civile dans ses rangs, le Comité de Pilotage n’a ni crédibilité ni rayonnement communautaire dans son fonctionnement.

Concernant tout d’abord la relative opacité dans la gestion des moyens alloués à la lutte, nous disons qu’il y a une exigence de transparence. La gestion de la pandémie ne doit pas s’écarter des règles établies par la loi et encourager des détournements massifs des fonds publics.

Il serait licite que soit porté à la connaissance du public la destination finale et le plan d’utilisation détaillé des 88 000 000 000 milliards affectés à la lutte contre le fléau qui seront versés par le FMI dans le compte du Gabon à la BEAC. Le peuple gabonais ne saurait accepter tout usage illicite de cet argent, connaissant la corruption et les crimes financiers à grande échelle qui gangrènent votre administration. Il serait intolérable, comme le soupçonne le peuple, que de nombreux oligarques du régime profitent de la crise actuelle du Coronavirus pour se remplir les poches au détriment de la population, qui est censée être le bénéficiaire principal de toutes les dépenses engagées par le gouvernement en lien avec la COVID-19.

Le Ministre de l’économie et des finances et son collègue de la santé doivent rendre public le plan d’utilisation de la somme de 88 000 000 000 FCFA débloqués par le Fonds Monétaire International (FMI) pour aider le Gabon à faire face à la crise de la COVID-19. En effet, comme chacun le sait maintenant, l’essentiel du matériel de détection du virus dont dispose le pays actuellement, de même que les masques, thermo flash, gants et gels hydro alcooliques, ont été gracieusement offerts au peuple gabonais par un généreux bienfaiteur Chinois, M. Jack M’A. Votre équipe de riposte et vous, êtes donc dans l’obligation de clarifier et préciser les dépenses qui seront effectuées avec les ressources fournies par le FMI.
Les marchés obtenus par les opérateurs économiques doivent continuer à obéir à l’appel d’offre et à la transparence, puis au contrôle a posteriori. Tel n’a, par exemple, pas été le cas pour la réquisition de l’hôtel Ré-Ndama, dont il se murmure que les nouveaux propriétaires seraient des apparatchiks du régime. Combien cette réquisition va-t-elle coûter à l’Etat ? Il serait licite de rendre publique cette information. SanGel et Ckdo sont les opérateurs choisis pour approvisionner par bons d’achats les populations censées être classées économiquement faibles. Mais qui vérifiera que la facture totale ne sera pas surévaluée par ces deux entreprises ? Une dotation en argent frais aurait laissé la liberté aux citoyens de s’approvisionner dans les magasins de leur choix, tandis que ces bons les obligent à se rendre uniquement chez ces deux fournisseurs. Et que dire de la tentation que pourraient avoir ces opérateurs d’écouler leurs stocks de nourriture avariés ou périmés, comme ce fut récemment le cas avec le scandale de SanGel ?

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Monsieur le Premier ministre, les membres du gouvernement gestionnaires de la chose publique sont dans l’œil du cyclone en ce moment, étant surveillés par la Société civile et même par le pouvoir. La moindre incartade leur serait fatale. Ceci est aussi valable pour les membres du COPIL qui seraient tentés de profiter de la crise pour s’enrichir sur le dos des Gabonais.

La société civile entend exercer une vigilance citoyenne accrue sur la conduite de la politique publique et la gestion des ressources allouées par l’État au COPIL. Dans une crise de cette envergure où la vie des gabonais est gravement menacée, aucune corruption et aucun détournement de l’argent public ne peut être accepté. La société civile mènera une guerre sans merci à tout détenteur de l’autorité publique ou à tout agent public qui se livrerait à des actes de corruption, de détournements de l’argent public où à l’enrichissement illicite dans la circonstance actuelle.

La société civile fera tout pour empêcher toute gestion calamiteuse qui risquerait de coûter cher au pays, avec des conséquences dommageables pour les populations. En tout état de cause, des audits seront demandés par le contrôle citoyen.

Concernant le volet communautaire, Monsieur le Premier Ministre, il nous semble que les responsables gabonais à la tête du COPIL ne soient pas suffisamment conscients du défi que représente la pandémie à coronavirus. Ils ne prennent manifestement pas la mesure de la situation, et ne réalisent pas qu’en cette période critique, le peuple les regarde et les observe.

Les mesures d’accompagnement des populations annoncées par votre Gouvernement, pour la mise en œuvre des mesures barrière, se font encore attendre pour la plupart. En dépit du don de 220 000 tests offerts gracieusement par la Chine, le dépistage généralisé n’est toujours pas effectif, les 66 centres de dépistage annoncés tardant à être opérationnels. Cette léthargie manifeste du COPIL est préjudiciable à l’effort de guerre collectif contre la COVID-19 et laisse penser, Monsieur le Premier Ministre, que vous et votre équipe n’êtes pas à la hauteur des enjeux. Quand sera-t-il enfin procédé à une distribution des masques, gels hydro alcooliques et gants aux populations ? Les moyens engagés le permettent largement, pour un pays si faiblement peuplé. Ne pas le faire serait un crime de haute trahison envers le peuple souverain alors exposé à la contamination et à la mort.

Cependant, les membres de la Société civile (comprenant les associations, ONG, syndicats, mouvements de femmes et de jeunes, églises et communautés locales) ont mis en place une riposte avec élaboration d’un plan opérationnel détaillé, pour une action effective et dynamique à l’échelle communautaire. Dans le même ordre d’idée, ils ont créé un Groupe d’Alternative Communautaire contre la COVID-19, dénommé « GAC-COVID-19 », regroupement qui compte plus de 60 organisations.

Mais en dépit de cette force d’action disponible à l’échelle communautaire, le Comité de Pilotage fait cavalier seul, pendant que la COVID-19 se répand dangereusement dans les communautés. La présence de la société civile au COPIL aurait permis de multiplier par dix les interventions de proximité, de toucher les zones plus reculées et les populations vulnérables des quartiers sous-intégrés.

Mieux que le gouvernement, la société civile est outillée pour la mise en œuvre de la riposte communautaire au COVID-19. Elle dispose d’une expérience de terrain avérée pour avoir participé à des luttes similaires contre Ebola, le VIH/Sida, la tuberculose et le paludisme. La société civile maîtrise parfaitement la mobilisation sociale et communautaire, la mise en œuvre des activités de sensibilisation, de prise en charge et de prévention à la base. Mieux, la société civile, à travers toutes ses composantes communautaires, est indiquée pour la veille communautaire, la détection des cas suspects et bien sûr le suivi du confinement. Les militaires, gendarmes et policiers ne peuvent jouer ce rôle. En effet, ils n’ont pas la compétence nécessaire et la connaissance du terrain. La société civile dispose de milliers de volontaires habilités et habitués à faire ce travail.

En un mot comme en mille, la riposte communautaire est l’affaire de la société civile.

Monsieur le Premier ministre, il est encore temps, et dans l’intérêt des populations, de donner de la place à la société civile dans la riposte contre la COVID-19. Le plan d’action de la société civile doit être soutenu et appuyé par l’État et les partenaires techniques et financiers. L’efficacité de notre lutte et la victoire contre la COVID-19 à moindre coût humain sont à ce prix.

Fait à Libreville, le 15 avril 2020

Georges MPAGA
Président du ROLBG
Défenseur des droits de l’Homme et activiste anti-corruption.
Fait à Libreville, le 15 avril 2020

Réseau des organisations Libres de la Société Civile pour la Bonne Gouvernance au Gabon
Organisation Nationale de Défense des droits de l’Homme
Libreville, commune d’AKANDA GABON BP 35 Tel : + 241 07 51 99 32/07 18 88 47 E-mail : gmpaga@gmail.com/ rolbgreseau@yahoo.fr /REF 75 : ROLBG/15 /4/2020

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